Alain Bernard, le géant des bassins

26/04/2025

Né le 1er mai 1983 à Aubagne, Alain Bernard est devenu une figure emblématique du sprint français en natation. Pourtant, dans son enfance, c'est vers le football qu'il se tourne d'abord, rêvant d'une carrière de gardien de but. Mais, sur le souhait de sa mère, il découvre la natation à seulement six ans. Un choix décisif qui changera le cours de sa vie.

À 16 ans, il rejoint le Cercle des nageurs de Marseille afin d'intégrer une structure adaptée au haut niveau et se rapprocher de ses objectifs. Son rêve : participer aux Jeux Olympiques d'Athènes en 2004. Il y fait la rencontre de Denis Auguin, qui devient son entraîneur. Durant les quatre années qui suivent, il s'affirme physiquement et améliore ses performances chronométriques, se spécialisant peu à peu dans les épreuves du 50 au 200 mètres nage libre. Malheureusement, sa trajectoire est freinée par une mononucléose et une toxoplasmose, qui l'empêchent de décrocher sa qualification pour les JO d'Athènes. Néanmoins, en fin d'année, il intègre pour la première fois de sa carrière l'équipe de France à l'occasion des championnats d'Europe en petit bassin, disputés à Vienne. Une première sélection couronnée de succès, puisqu'il décroche la médaille d'or du relais 4x50 mètres nage libre.

Durant les années qui suivent, Bernard s'améliore et prend de l'expérience au niveau international mais ne brille pas encore. Il empoche notamment 4 médailles aux championnats d'Europe dont sa première individuel dans le petit bassin d'Helsinki. Il termine 3ème au 100 m nage libre en 47 s 24 derrière l'Italien Filippo Magnini et le Suédois Stefan Nystrand. En fin d'année 2006, Bernard, qui évoluait jusqu'ici au sein du Cercle des nageurs de Marseille, suit son entraîneur Denis Auguin en conflit avec les autres entraîneurs marseillais. Il rejoint alors le club du Cercle des nageurs d'Antibes. Ainsi en 2007, tout s'accélère. A l'occasion d'un meeting de préparation, Bernard bat le record de France du 100 mètres nage libre en grand bassin en 48 s 81 au lieu de 48 s 97, record établit par Frédérick Bousquet. Le monde de la natation est averti,  il s'approprie la meilleure performance mondiale de l'année et se place en outsider pour les championnats du monde à Melbourne. Il le sait, il n'est pas favori mais tout est possible, il progresse de jours en jours : "Ma perf de Lyon fait partie de ma progression et je ne me prends pas la tête avec cela : 48 s 8, 48 s 9, 48 s 6, cela fait partie de ma progression, j'essaie de ne pas trop y penser. Ce sont mes premiers "Monde", mon but est d'aller en finale et une fois en finale, tout est possible, rien n'est joué d'avance. Cela va nager très vite". En Australie, c'est la déception au plan individuel, Il termine à une place de la final au 100 et 50 m nage libre

Devenu régulier sous les 49 secondes, Bernard enchaîne les bons résultats dans les mois qui suivent. Lors d'une réunion à Canet-en-Roussillon, il abaisse une nouvelle fois son record de France, en réalisant 48 s 56. C'est lors des Championnats de France à Saint-Raphaël qu'Alain Bernard se révèle pleinement. Il y améliore de façon spectaculaire les records de France du 50 et du 100 mètres nage libre. Sur 50 mètres, il signe un temps de 21 s 76, soit la troisième meilleure performance mondiale de tous les temps, à seulement 12 centièmes du record du monde détenu par la légende russe Alexander Popov. Sur 100 mètres nage libre, il arrête le chrono à 48 s 12. Il devient alors le deuxième nageur le plus rapide de l'histoire sur la distance, à égalité avec le double champion du monde italien Filippo Magnini. Et se situe à moins de trois dixièmes du record du monde du double champion olympique néerlandais Pieter van den Hoogenband. Ces résultats impressionnants marquent un tournant. Quelques mois plus tôt, de telles performances lui auraient sans doute permis de décrocher un titre mondial. Il termine l'année d'une belle manière en se distinguant lors des championnats d'Europe en petit bassin de Debrecen. Il remporte son premier titre européen sur 100 mètres nage libre en battant le record des championnats en 46 s 39. Sans oublié qu'il repart également avec 4 autres médailles, une en argent et trois en bronzes. 

Arrive 2008, une année olympique marquée par un changement majeur dans le monde de la natation : l'arrivée des combinaisons LZR Racer de Speedo. Elle a rapidement bouleversé le monde de la natation. ​Au total, en 2008, 105 records du monde ont été battus, dont 79 réalisés en portant la LZR Racer de Speedo. En mars, lors des Championnats d'Europe en grand bassin à Eindhoven, Alain Bernard confirme son nouveau statut. Il décroche le titre européen sur le 100 mètres nage libre, en pulvérisant le record du monde avec un temps de 47 s 60 en demi-finale, puis 47 s 50 en finale. Lors des mêmes championnats, Bernard bat le record du monde du 50 mètres nage libre en demi-finale le portant à 21 s 50, détrônant les 21 s 56 réalisés par l'Australien Eamon Sullivan quelques semaines plus tôt. Ce record cependant est à nouveau battu par Eamon Sullivan lors des championnats d'Australie avec un temps de 21 s 28. Le record d'Alain Bernard n'a donc tenu que quatre jours. Mais cela ne change rien, ces performances incroyables propulse le Français au rang de favori incontesté pour les Jeux Olympiques de Pékin quelques mois plus tard. Cette soudaine évolution attise les  soupçons. Filippo Magnini ne mâche pas ses mots devant la presse, déclarant qu'"Alain Bernard a trouvé les bonnes vitamines".  Mais ce dernier ne se laisse pas abattre et répond à toutes les accusations : "Je ne suis pas un tricheur. Je sais ce que je mange et ce que je bois, je travaille dur pour vivre ça. J'ai envie de bouffer tout le monde, je suis dans une bonne spirale".

À Pékin, la pression est immense. Tous les regards sont tournés vers lui. Seulement, Eamon Sullivan bat le record du monde du Français, premier relayeur de l'équipe australienne lors du relais 4x100 m nage libre, il réalise un temps de 47 s 24. Deux jours plus tard, Bernard reprend brièvement sa couronne lors de la première demi-finale du 100 mètres nage libre avec un chrono de 47 s 20, avant que  l'australien ne le déloge aussitôt en abaissant la marque à 47 s 05. Le duel s'annonce électrique. Le départ est lancé. Sullivan vire en tête à mi-course avant que le Français ne produise un effort exceptionnel et termine la course premier à la touche. Sullivan termine 2e à onze centièmes de Bernard (47 s 32 contre 47 s 21). Un exploit historique pour la natation tricolore. À l'issue de la course, Bernard déclare heureux : "J'avais les jambes qui tremblaient. Quand le starter a dit : "A vos marques", j'ai vu ma jambe gauche qui s'est mise à trembler. Je me suis dit : "Put…, c'est mal barré !". C'était la première fois que je ressentais un stress aussi fort". Il complète son palmarès à Pékin en décrochant la médaille d'argent dans le relais 4x100 mètres nage libre avec ses coéquipiers, puis une médaille de bronze sur 50 mètres nage libre, où il termine derrière César Cielo et Amaury Leveaux dans une finale historique, où tous les finalistes passent sous les 22 secondes. À l'issue d'une année riche, Alain Bernard est sacré Champion des champions français par le journal L'Équipe. Il est aussi désigné Nageur européen de l'année par la Ligue européenne de natation.

Son gabarit impressionnant, 1.96 m pour plus de 90 kilos, sa puissance et sa technique impeccable font de lui un adversaire redouté dans les bassins. Il enchaîne alors les podiums et les records. En 2009 lors des Championnats de France, il devient le premier nageur de l'histoire à passer sous la barre mythique des 47 secondes sur 100 mètres nage libre, avec un temps de 46 s 94. Toutefois, ce nouveau record du monde établi avec une combinaison entièrement en polyuréthane ne sera jamais homologué par la FINA. À l'issue des championnats de France, l'équipementier d'Alain Bernard lui a fourni une combinaison modifiée, à 80 % polyuréthane, et homologuée qu'il utilise aux championnats du monde quelques mois plus tard. Les années qui suivent il remporte 7 médailles international, dont 2 en or, 3 en argents et 2 en bronzes. 

Le niveau français est très élevé, la grosse densité du sprint fait d'une finale nationale de 100 mètres nage libre, une course de niveau mondial. Ainsi, Alain Bernard échoue à se qualifier au 100 m nage libre pour les Jeux Olympiques,  mettant fin aux espoirs de doublé olympique. Déçu il s'exprime : "Je ne peux pas cacher mon amertume et ma déception mais je tiens à féliciter Yannick et Fabien". Engagé le dernier jour de compétition en finale du 50 mètres nage libre, Bernard manque la qualification au terme d'une finale très serrée dominée par Amaury Leveaux et Florent Manaudou et qui voit l'élimination du favori Frédérick Bousquet.  Il n'obtient pas de qualification individuelle pour les Jeux olympiques (il est qualifié cependant au titre du relais 4 × 100 mètres nage libre) et quitte le bassin en larmes, sous l'ovation appuyée du public qui rend hommage à celui qui disputait là ses derniers championnats de France. Deux mois plus tard, lors des championnats d'Europe de Debrecen, Bernard met fin avec ses coéquipiers Amaury Leveaux, Jérémy Stravius et Frédérick Bousquet à cinquante ans de disette continentale. Ils remportent la médailles d'or au relais 4 × 100 mètres nage libre français. Engagé quelques jours plus tard sur son dernier 100 mètres nage libre individuel, Alain Bernard remporte la médaille d'argent.

Lors des Jeux olympiques de Londres, Alain Bernard ne nage que les séries du relais 4 × 100 mètres nage libre, le Niçois Clément Lefert lui étant préféré à l'issue des séries. Il assiste, au bord des larmes, en tribunes au titre olympique de ses coéquipiers, devenant médaillé d'or.

Après sa retraite, Alain Bernard se réinvente. Il signe un contrat de volontariat en gendarmerie, devient consultant natation sur Eurosport et Canal+ pendant les compétitions internationales et s'engage dans des missions sociales. En 2020, il est élu membre du conseil municipal d'Antibes, où il est chargé de la jeunesse et de la prévention de la délinquance. Parallèlement, il s'engage pour diverses causes, notamment en tant qu'ambassadeur de la Fondation Claude-Pompidou. Enfin, Alain Bernard et son épouse accueillent leur premier enfant en juillet 2022, une petite fille prénommée Ava. Du petit garçon d'Aubagne qui rêvait de cages et de ballons, au géant des bassins qui a conquis l'Olympe, Alain Bernard a écrit l'une des plus belles pages de la natation française. Sa trajectoire, forgée entre sacrifices silencieux et triomphes éclatants, est celle d'un homme qui a su transformer chaque épreuve en force et chaque victoire en leçon d'humilité. Et même lorsque la clameur des bassins s'est éteinte, son parcours continue d'inspirer, tel un sillage indélébile sur les eaux calmes de la mémoire collective. 

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