Les Enhanced games : c'est quoi ?

14/09/2025

Depuis un peu plus d'un an maintenant, nous entendons de plus en plus parler de ces "jeux de la honte", de leur vrai nom les Enhanced games. Mais pour beaucoup encore, le concept, les objectifs et les impacts de cette compétition restent floue. 

Tout commence en 2023, lorsque Aron D'Souza, un homme d'affaires australien, lance un projet radical : une compétition sportive sans contrôles antidopage. L'idée : créer un espace où les athlètes pourraient exploiter leur plein potentiel, grâce à l'usage libre de substances interdites dans le sport conventionnel. A l'intérieur, Cinq disciplines seront au programme : l'athlétisme, les sports aquatiques, la gymnastique, la force et le combat. Aucun sport collectif n'a été retenu, pour "se concentrer sur la performance individuelle". En effet, l'objectif est "d'élever l'humanité à son plein potentiel". Dans un discours qui flirt ouvertement avec le transhumanisme et l'eugénisme , il fait la promotion de "l'humain amélioré" et critique ouvertement les Jeux olympiques.

Selon leurs créateurs, les Enhanced Games visent à "rémunérer équitablement" les athlètes, en opposition à ce qu'ils considèrent comme des injustices économiques dans le sport traditionnel. Tout sera financé par le secteur privé : "embrassez le capitalisme" est-il écrit sur leur site, alors que plusieurs grosses fortunes ont rejoint le projet, comme Peter Thiel, cofondateur de PayPal. Contrairement aux JO, ils assurent qu'ils ne coûteront pas des milliards d'euros à organiser et offriront plus d'un million de dollars aux athlètes battant les records du monde. Evidemment, les résultats des Enhanced Games ne pourront pas être homologués, puisque non soumis aux règles de l'Agence mondiale antidopage.

Promouvant une "libération" des sportifs, ils veulent mettre fin à "la stigmatisation anti-science", dans ce qui ressemble à une blague de mauvais goût. "Après des années d'oppression, nous assistons à une réaction contre le dogme anti-scientifique prétendu par les ligues sportives en place", est-il écrit sur leur site. "Imprégnés de préjugés raciaux, le « dopage » et ses variantes sont des mots nuisibles utilisés par les fédérations sportives pour empêcher les athlètes d'embrasser la science". Les Enhanced Games proposent ainsi un vocabulaire "inclusif" pour ne pas "stigmatiser" les athlètes dopés. Ne dites plus "athlète propre" mais "athlète naturel ", "athlète dopé" mais "athlète amélioré", "drogues améliorant la performance" mais "thérapie de performance", "tricherie" mais "démonstration de science",… Ils encouragent à mettre à jour les pages Wikipédia avec ce vocabulaire.

Ainsi, stéroïdes, anabolisants, testostérone, insulines, EPO ou encore hormones de croissance, tous ces produits bannis par l'agence mondiale antidopage (AMA) seront autorisés. L'AMA a d'ailleurs réagi, qualifiant cette compétition de "dangereuse et irresponsable". Elle dénonce alors la menace de l'éthique, de la santé des athlètes et des fondements mêmes du sport : "La santé et le bien-être des sportifs sont la priorité absolue de l'AMA. Cet événement mettrait clairement en péril cette priorité, car il vise à promouvoir l'utilisation de substances et de méthodes puissantes par les sportifs à des fins de divertissement et de marketing". L'instance précise et prévient également les athlètes concernant le danger d'utiliser des substances dopantes "Au fil des ans, de nombreux sportifs ont souffert d'effets secondaires graves à long terme liés à l'utilisation de substances et de méthodes interdites, certains en sont décédés", explique l'instance, avant d'ajouter et d'encourager toutes les personnes du "sport propre" à lutter contre l'organisation de la compétition"C'est un sujet qui devrait unifier toutes les organisations antidopage et tous les gouvernements du monde, notamment aux États-Unis, où l'événement est désormais prévu, poursuit l'AMA. Nous invitons tous nos partenaires de la communauté du sport propre, y compris les sportifs, à se joindre à nous pour condamner cet événement, quels que soient ses bailleurs de fonds riches et influents".

La Fédération internationale de natation, World Aquatics, a donc pris les devants en interdisant à tout athlète, entraîneur ou officiel impliqué dans les Enhanced Games de participer à ses compétitions : "Toute personne qui soutient, approuve ou participe à des événements sportifs qui adoptent l'utilisation de progrès scientifiques ou d'autres pratiques pouvant inclure des substances interdites ne sera pas éligible pour participer à des compétitions, événements ou autres activités. Cette inéligibilité s'appliquerait à des rôles tels qu'athlète, entraîneur, officiel d'équipe, administrateur, personnel de soutien médical ou représentant du gouvernement". Son président, Husain al-Musallam, avait déjà déclaré que les personnes qui cautionnent le dopage dans le sport "n'étaient pas les bienvenus dans nos compétitions". De plus, World Aquatics a déclaré qu'elle encourageait également ses associations membres à "adopter des politiques similaires au niveau national pour maintenir des normes cohérentes dans l'ensemble du sport ". Pour la  fédération, "ce nouveau règlement garantit que nous pouvons continuer à protéger l'intégrité de nos compétitions, la santé et la sécurité de nos athlètes et la crédibilité de la communauté aquatique mondiale".

Pourquoi lutter ? Avant tout, les raisons sanitaires sont alarmantes. Selon de nombreux scientifiques, pousser les sportifs à se doper à des niveaux extrêmes les expose à des risques graves : crises cardiaques, accidents vasculaires cérébraux, cancers, mais aussi troubles psychiques, lésions hépatiques ou rénales, hypertension artérielle, ou encore dérèglements hormonaux profonds. Pour tenter de rassurer, un porte-parole des Enhanced Games a déclaré à l'AFP que les athlètes seraient "continuellement supervisés", avec des examens de santé réguliers, des dépistages psychologiques, et un suivi technologique à l'aide d'outils comme un "échocardiogramme portable". Mais ces précautions ne convainquent pas la communauté scientifique. Comme le souligne Astrid Kristine Bjornebekk, chercheuse à l'hôpital universitaire d'Oslo : "Les combinaisons les plus dangereuses sont probablement celles qui permettent les meilleures performances". Autrement dit, la quête de la performance maximale incite inévitablement à franchir les limites du raisonnable, au mépris de la santé des athlètes. Mais au-delà des considérations médicales, c'est bien l'éthique du sport qui est mise à mal. Les Enhanced Games reposent sur une idée radicale : la science et la technologie peuvent remplacer les règles éthiques traditionnelles du sport. Cette vision légitime une forme de transhumanisme compétitif, où la victoire revient non plus aux plus talentueux ou aux plus déterminés, mais à ceux qui ont accès aux "meilleures améliorations" chimiques ou génétiques.  L'un des arguments les plus souvent avancés par les opposants concerne l'impact symbolique et éducatif de ces jeux. Pour Travis Tygart, directeur de l'agence antidopage américaine (USADA) : "Ce gain se fait au détriment des enfants du monde entier, qui pensent qu'ils doivent prendre des produits dopants pour réaliser leurs rêves." En banalisant le dopage, les Enhanced Games pourraient normaliser l'idée qu'il faut se modifier pour réussir, envoyant un message dangereux à toute une génération d'athlètes en formation. Le sport, dans sa forme la plus pure, repose sur l'idée que tous les compétiteurs s'affrontent avec les mêmes règles. C'est cette égalité de départ qui rend la performance admirable. Or, dans les Enhanced Games, ce principe est brisé. Les ressources médicales, financières et technologiques deviennent les véritables facteurs de victoire. Le talent, l'entraînement et la résilience sont relégués au second plan, écrasés par la puissance des "améliorations" artificielles. Comme l'a résumé Lars Mortsiefer, président du conseil d'administration de l'agence antidopage allemande : "Une compétition qui mise délibérément sur l'utilisation de produits dopants est absolument condamnable d'un point de vue éthique et moral". Au fond, ce débat dépasse la simple question sportive. Il interroge notre rapport au corps, à la technologie et à la performance, dans une société où tout semble devoir être optimisé. Les Enhanced Games cristallisent une dérive : celle d'un monde où l'humain devient un produit, et la victoire, un objectif commercial plus qu'un exploit humain.

Pourquoi les sportifs acceptent ils ? En réalité les motivations sont simples, l'attrait financier. Les compétitions sont dotées d'un prix de 500 000 dollars, dont 250 000 pour la première place, des primes d'arrivée et surtout d'un million de dollars pour les records du monde. "C'est très intéressant financièrement, et je mentirais si je disais que cela m'est égal", a récemment déclaré à la BBC le nageur britannique Ben Proud, "Il me faudrait gagner des titres de champion du monde pendant 13 ans pour gagner ce que je peux gagner en une seule compétition aux Enhanced Games". Mais d'autres athlètes y voient aussi un moyen de dépasser leurs limitesFred Kerley, double médaillé olympique sur 100 m, en est l'exemple : "Le record du monde (du 100 m, 9''58 par Usain Bolt) a toujours été l'objectif ultime de ma carrière. Cela me donne l'opportunité de consacrer toute mon énergie à repousser mes limites pour devenir l'humain le plus rapide de l'histoire". Optimiste vis à vis des Enhanced games, la participante Megan Romano, 34 ans, quadruple championne du monde de natation a déclaré : "Je pense que c'est l'avenir du sport".

En conclusion, les Enhanced Games posent une question cruciale : jusqu'où sommes-nous prêts à aller au nom de la performance ? Derrière les promesses de science, de liberté individuelle et de dépassement des limites humaines, ce projet révèle une réalité bien plus sombre : la marchandisation du corps, la glorification du dopage, et la remise en cause des principes fondateurs du sport. Ce qui est présenté comme une révolution pourrait bien être une régression déguisée, où l'on sacrifie l'éthique, la santé et l'esprit sportif sur l'autel du spectaculaire et du profit. Cependant, ces Jeux soulèvent aussi une question légitime : la rémunération des sportifs de haut niveau. Trop souvent, les athlètes consacrent leur vie à l'excellence sans que cela leur assure une stabilité financière digne. En mettant en avant des récompenses très attractives, les Enhanced Games viennent pointer du doigt l'hypocrisie ou les limites du système olympique traditionnel, où les bénéfices générés par les événements ne profitent que rarement à ceux qui les rendent possibles : les sportifs eux-mêmes.

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